Genève Aéroport, un outil stratégique

Arrivé à la tête de Genève Aéroport il y a moins d’une année, Jean-François de Saussure impose progressivement sa vision.
Arrivé à la tête de Genève Aéroport il y a moins d’une année, Jean-François de Saussure impose progressivement sa vision. DR
Chantal de Senger
Publié mardi 18 août 2026
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#Interview Modernisation des infrastructures, nouvelles liaisons aériennes, mobilité, transition énergétique ou encore attractivité économique: le directeur général veut faire de l’aéroport un outil stratégique au service des entreprises et de toute la Suisse romande.

Près d’une année après votre arrivée, quel regard portez-vous sur Genève Aéroport?
J’ai été frappé par le professionnalisme des équipes. Nous évoluons dans un environnement extrêmement réglementé, où chaque métier exige une grande rigueur. J’ai aussi découvert une organisation très solide. J’ai pris mes fonctions sans véritable passation avec mon prédécesseur, ce qui m’a permis de co-construire directement avec mon équipe de direction. C’était une excellente manière de comprendre le fonctionnement de la maison.

Peut-on transformer rapidement un aéroport?
Pas vraiment. Dans un aéroport, les cycles sont longs. Les infrastructures, les compagnies aériennes, les procédures ou les autorisations évoluent sur plusieurs années. Mon rôle est davantage d’influencer progressivement les projets que de tout bouleverser.

Les infrastructures sont-elles aujourd’hui arrivées à saturation?
Clairement. Notre terminal a été imaginé dans les années 1980 pour accueillir entre cinq et six millions de passagers. Aujourd’hui, nous en accueillons 17,9 millions. Nous devons donc adapter nos infrastructures pour améliorer la qualité de service offerte aux voyageurs et à l’ensemble des partenaires de la plateforme.

Quels seront les grands chantiers?
La priorité est la multimodalité. Nous allons créer une nouvelle plateforme au-dessus de la galerie CFF afin de renforcer les connexions avec les trains, les bus et le futur tram se rendant jusqu’en France voisine. Ensuite, nous agrandirons le terminal T1 avant de rénover entièrement la partie actuelle.

L’accessibilité reste donc votre priorité?
Nous avons une seule piste et nous n’avons pas la capacité d’augmenter le nombre de mouvements d’avions. En revanche, nous pouvons considérablement améliorer l’accès à l’aéroport et rendre le parcours des passagers beaucoup plus fluide.

On parle souvent des voyageurs, beaucoup moins du rôle de l’aéroport pour les entreprises.
C’est pourtant l’un de mes sujets favoris. L’aéroport facilite l’accès des entreprises aux marchés internationaux. Il contribue à l’installation de sièges d’entreprises, à l’activité des organisations internationales et au tourisme d’affaires. Nous sommes un véritable outil de compétitivité pour toute la région.

Les entreprises peuvent-elles influencer le développement du réseau aérien?
Oui, et j’aimerais même qu’elles le fassent davantage. Nous souhaitons savoir quelles destinations sont stratégiques pour leur développement. Lorsqu’une entreprise soutient l’ouverture d’une nouvelle ligne, cela constitue un argument très fort auprès des compagnies aériennes.

Quelles destinations souhaitez-vous développer?
Nous travaillons notamment sur des liaisons directes vers Singapour et São Paulo, mais aussi vers plusieurs capitales d’Afrique et d’Asie centrale. Des annonces pourraient intervenir courant 2027.

Votre ambition est-elle de concurrencer Zurich?
on. Notre modèle est différent. Zurich est un hub international. Genève est un aéroport «point à point». Notre objectif est de proposer davantage de liaisons directes correspondant aux besoins des entreprises et de la population de notre région.

Vous souhaitez néanmoins attirer de nouvelles compagnies?
Nous entretenons d’excellentes relations avec les compagnies déjà présentes et discutons également avec d’autres acteurs internationaux. Voir revenir Air India ou accueillir un jour American Airlines serait évidemment intéressant, mais notre priorité reste le développement de nouvelles destinations plutôt que l’arrivée d’une nouvelle compagnie aérienne.

Comment identifiez-vous les nouvelles lignes intéressantes?
Nous analysons le potentiel touristique, le trafic d’affaires, le fret, mais aussi le soutien du tissu économique. Pour la future liaison avec São Paulo, plusieurs grandes entreprises genevoises ont déjà fourni des lettres de soutien. C’est un élément déterminant lors des discussions avec une compagnie aérienne.

Comment concilier développement durable et développement de l’aéroport?
C’est tout l’enjeu d’un aéroport urbain. Nous avons engagé un dialogue permanent avec les communes riveraines. Il est important de comprendre et d’être à l’écoute pour identifier les leviers prioritaires. Par exemple, nous avons notamment réduit de plus de 50 % les décollages tardifs grâce à un système de pénalités financières appliqué aux compagnies qui décollent après 22 heures.

Vous investissez aussi dans l’insonorisation?
Oui. Plus de 4500 logements ont déjà été insonorisés et plusieurs milliers d’autres le seront d’ici à 2030. Lorsque nous ne pouvons pas réduire davantage le bruit, nous investissons directement pour améliorer la qualité de vie des riverains.

Quel sera le plus grand défi des dix prochaines années?
La décarbonation. Nous avons réduit nos émissions de CO₂ de 30% en une année grâce à des mesures très concrètes: rénovation énergétique, géothermie, panneaux photovoltaïques et nouvelles sources d’énergie. Notre objectif est d’atteindre le net zéro d’ici à 2037 sur les émissions que nous maîtrisons directement.

L’IA fait-elle déjà partie du quotidien de Genève Aéroport?
Oui. Nous l’utilisons pour prévoir le trafic plusieurs mois à l’avance afin d’adapter les effectifs aux contrôles de sûreté, à la gestion des bagages ou à l’embarquement. Nous déployons également des capteurs anonymisés qui permettent de mesurer les flux de passagers et d’améliorer la fluidité dans le terminal.

Le sommet du G7 a-t-il constitué un test grandeur nature sur vos différentes capacités?
Absolument. Nous avons accueilli treize délégations gouvernementales sans le moindre incident. C’était un défi logistique considérable et cela a confirmé que Genève est capable d’organiser des événements internationaux de très haut niveau. Cette réussite renforce encore notre crédibilité pour accueillir de futurs sommets diplomatiques.

Lorsque vous voyagez, regardez-vous désormais les aéroports autrement? Toujours. J’observe les détails qui améliorent l’expérience des passagers. Parmi les aéroports qui m’inspirent le plus, Helsinki est sans doute le meilleur exemple. Les espaces sont lumineux, apaisants, très fonctionnels et utilisent beaucoup de matériaux naturels. C’est exactement l’ambiance que j’aimerais développer à Genève.

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